Le 20 juillet 2026, AXA a annoncé le déploiement à grande échelle de Microsoft 365 Copilot auprès de ses collaborateurs dans le monde. Ce n'est pas un premier pas : le groupe avait lancé en 2023 Secure GPT, un service interne donnant un accès sécurisé aux modèles de langage à l'ensemble de ses collaborateurs, tous métiers confondus. AXA accompagne ce déploiement d'un programme de montée en compétences sur l'IA et d'un dialogue avec les représentants du personnel sur les usages au travail. Le groupe est passé de l'expérimentation à un outil installé dans le quotidien de tous. Pour les PME qui hésitent à structurer leur propre déploiement, la logique est reproductible, avec des moyens proportionnés.
La distinction que beaucoup de PME n'ont pas encore faite
Il existe une différence nette entre les organisations qui expérimentent l'IA en silo, portée par quelques profils techniques ou des initiatives individuelles, et celles qui en font une capacité collective. AXA a choisi la seconde voie. La différence tient moins au budget qu'à la manière d'organiser l'accès.
Dans la première configuration, l'IA reste un outil d'expert. Un analyste s'en sert pour automatiser un rapport. Un responsable marketing teste un générateur de contenus. Les résultats existent, mais ils ne se diffusent pas. Les gains restent locaux et souvent invisibles pour la direction.
Dans la seconde configuration, l'IA devient un outil partagé. Chaque collaborateur, quel que soit son profil, dispose d'un accès encadré à des outils adaptés à ses tâches, avec des règles d'usage définies. AXA l'a fait en deux temps : un outil interne sécurisé d'abord, puis l'IA intégrée aux logiciels bureautiques que les équipes utilisent déjà (Teams, Outlook, Word).
Cette distinction est accessible à une PME de cinquante personnes. Elle n'exige pas une DSI étoffée, mais une décision de la direction.
Ce qu'une PME peut retenir, au-delà de l'outil
Lire ce type d'annonce comme un simple achat de licences serait une erreur. Un déploiement réussi repose sur trois composantes que les PME ont tendance à négliger.
Premièrement, la sélection des cas d'usage prioritaires. Avant de déployer, il faut repérer les tâches à fort volume et à faible valeur ajoutée humaine : rédaction de synthèses, réponses aux courriers, recherche dans la documentation interne. Ce travail de priorisation transforme un outil en gain de productivité mesurable.
Deuxièmement, la formation liée aux métiers. Une formation générique à « l'IA » change peu de choses. Une formation ciblée sur les cas d'usage retenus, adaptée à chaque métier, est plus efficace. Un gestionnaire de dossiers n'a pas besoin de comprendre le fonctionnement d'un modèle de langage : il a besoin de savoir formuler une demande pour synthétiser un dossier.
Troisièmement, le cadre d'usage des données. Déployer l'IA pour des équipes non techniques sans définir ce qui peut être soumis à un outil et ce qui ne le peut pas crée un risque RGPD. Le choix d'AXA de commencer par un outil interne sécurisé répond à cette préoccupation. Pour une PME, ce cadre peut tenir en une page de politique interne. L'important est qu'il existe.
Pourquoi le budget n'est pas la variable déterminante
L'objection revient souvent : AXA a les moyens, une PME de cent personnes ne peut pas suivre. Elle confond le coût d'un déploiement mondial avec celui d'une démarche structurée à l'échelle d'une PME.
Les outils nécessaires sont accessibles. Microsoft 365 Copilot, Claude for Work ou ChatGPT Enterprise sont facturés par utilisateur et par mois, à des niveaux comparables à d'autres logiciels déjà présents dans les budgets des PME. L'essentiel de l'effort se situe ailleurs.
L'investissement principal est le temps de cadrage : identifier les cinq tâches récurrentes qui mobilisent le plus de temps dans vos équipes, définir pour chacune un cas d'usage testable, former les collaborateurs concernés sur des sessions courtes, et prévoir un point à trente jours pour mesurer les gains réels.
Les tâches les plus propices à des gains rapides sont concrètes : rédaction de comptes rendus, mise en forme de propositions commerciales, préparation de réponses à des mails clients complexes. Mesurez le temps passé avant et après, sur quelques semaines, pour savoir ce qui a réellement changé.
L'adoption : ce dont les équipes non techniques ont besoin
Un déploiement de l'IA auprès d'équipes non techniques échoue rarement à cause de l'outil. Il échoue faute d'adoption, et l'adoption se construit.
AXA associe son déploiement à un programme de formation et à un dialogue avec les représentants du personnel. Pour une PME, cela se traduit par quelques principes :
- Identifier deux ou trois collaborateurs volontaires et curieux, qui deviennent les référents de proximité sur les usages de l'IA.
- Ne pas imposer un outil à tous en même temps. Commencer par les équipes où le besoin est le plus clair et la résistance la plus faible.
- Rendre les résultats visibles rapidement. Un gain, même modeste, sur une tâche que tout le monde trouve pénible est un bon argument pour la suite.
Ce qui bloque le plus souvent les équipes non techniques, c'est l'absence d'autorisation explicite d'essayer, de se tromper et d'adapter leur façon de travailler. Cette autorisation vient de la direction générale et ne se délègue pas au prestataire informatique.
Ce que la démarche d'AXA dit du moment
AXA n'est pas le premier grand groupe à déployer l'IA auprès de toutes ses équipes. Son exemple a toutefois une valeur particulière : il montre une démarche progressive, sur plusieurs années, que beaucoup de dirigeants de PME jugent encore prématurée. Valeo a suivi une trajectoire comparable, et sa méthode de déploiement sur 100 000 employés montre que cette logique se décline aussi dans l'industrie.
Dans une PME, le facteur décisif est rarement le budget. C'est la décision claire de la direction de faire de l'automatisation des tâches à faible valeur ajoutée une priorité, avec un responsable désigné et des objectifs concrets, plutôt que de confier le sujet à un groupe de travail sans échéance.
Par où commencer dans une PME
- Rédigez une page de règles d'usage : quels outils sont autorisés, quelles données ne doivent jamais y être saisies.
- Choisissez une équipe pilote et trois tâches récurrentes à tester pendant un mois, en mesurant le temps passé avant et après.
- Formez cette équipe sur ses propres cas d'usage, puis élargissez aux autres services en vous appuyant sur les résultats obtenus.
Notre page formations décrit comment organiser cette montée en compétences. Pour identifier les cas d'usage prioritaires de votre entreprise, vous pouvez demander un diagnostic gratuit.
Article rédigé par Loïc Mabilon, cofondateur de Lumivi.




